L’Impact en pleine transition

Publié par

Début orageux, ensoleillement soudain, puis passages nuageux. La saison de l’Impact nous a servi des hauts et des bas, comme on s’y attendait en cette saison de prise en main de Rémi Garde et de renouvellement de l’effectif. Évaluations, notes et pensées pour conclure le chapitre 2018 du bleu-blanc-noir.

Ce qu’on retiendra notamment de 2018 est le profond remaniement de l’effectif, qui ne s’est pas nécessairement déroulé selon les plans établis. Si à son arrivée, Rémi Garde a vite fait confiance aux gens en place (responsables notamment des arrivées de Petrasso et d’Edwards et du renouvellement de Duvall), il semble s’être vite rendu compte que le recrutement serait compliqué. De fait, les deux mercatos, s’ils ont tout de même permis de renforcer un peu l’équipe, ont surtout démontré les lacunes du club en matière de recrutement. On a vu un entraîneur plutôt insatisfait de son effectif en première moitié de saison, puis un peu moins critique en seconde moitié. Bref, ça semble difficile, et les commentaires formulés par Rémi Garde lors de son point de presse de fin de saison concernant l’ajout d’un attaquant de bon calibre semblent indiquer que les choses ne se sont pas améliorées : « Je vais essayer de faire jouer mon réseau et aussi de m’appuyer sur les joueurs qui sont venus d’Europe et qui ont aimé ce qui se passent ici. […] Il y a une volonté aussi de s’appuyer sur la structure de recrutement de Bologne. On va essayer de travailler intelligemment. Même si on a un peu plus de temps devant nous, il ne faudra pas traîner. » Bref, c’est urgent et on va « essayer ». Rien de rassurant.

Les joueurs
Parlant des joueurs, il convient en fin de saison et à l’heure des bilans de faire l’exercice du bulletin. Pour alléger la lecture, nous éviterons de parler de ceux qui ont peu joué ou ne figurent simplement plus dans les plans de l’équipe.

Gardien
Evan Bush
Dès le camp préparatoire, Rémi Garde avait publiquement accordé sa confiance à Evan Bush, même si le portier américain sortait d’une saison désastreuse en 2017. C’est ici que le sorcier Bats entre en jeu. Après quelques potions et manigances dont il a le secret, Joël Bats a littéralement transformé Evan Bush, pour l’élever au rang des meilleurs gardiens de la ligue. Ah, ben non, je rigole. Bush s’est beaucoup amélioré, mais il ne faut pas non plus tomber dans le piège des colporteurs de statistiques insipides : il ne fait pas partie de l’élite en MLS. Bush était un gardien médiocre qui laissait passer beaucoup de tirs qu’il devait arrêter. Et c’est là sa principale amélioration : il encaisse bien moins en raison de grossières erreurs dans les principes de base du jeu du gardien de but. Mais il encaisse encore. Trop. En fait, il n’a jamais encaissé autant qu’en 2018 et ses 53 buts encaissés le placent au sixième rang des gardiens s’étant le plus retournés cette saison. Bush n’a pas été mauvais, il a effectivement été bon. Mais il a rarement gagné des points pour son équipe, et si l’on compte les deux points perdus par sa faute à Portland, ça réduit encore la contribution. Gardien de l’année? Non. Si c’était le cas, on ne serait pas en train de faire le bilan de la saison.
Note : 6,5/10

Défenseurs
Rod Fanni
Parachuté ici à la dernière minute pour venir éteindre le feu, Rod Fanni a carrément plané au-dessus la défense montréalaise pendant toute la saison. Serein dans ses interventions, en parfait contrôle dans toutes les situations, Fanni a injecté une énorme dose de confiance à ses collègues défenseurs en plus d’organiser toute la brigade défensive. Honnêtement, s’il existe un grade plus élevé que celui de général, il faudrait l’associer à Fanni. Sinon, on peut toujours l’appeler Roc Fanni. Mais trêve de jeux de mots douteux, Fanni est pour moi l’homme de la saison de l’Impact de Montréal.
Note : 9/10

Daniel Lovitz
Lovitz a joué juste sur son flanc, s’est découvert de belles affinités avec Piatti et a gagné en confiance pendant toute la saison. De doublure ajoutée tout juste avant le début de la saison 2017 à incontournable du onze, Lovitz a travaillé fort pour arriver là où il est rendu. Belle histoire, belle percussion sur le flanc gauche, bel atout. Respect.
Note : 7/10

Jukka Raitala
Quel homme. Le type dont on n’attendait strictement rien qui joue bien, voire très bien, partout où on le positionne. Quelques tacles salvateurs à vous faire monter sur votre siège. A connu de grands moments aux côtés de Fanni si bien que j’en ai eu envie d’en faire une bande dessinée : « Rod et Jukka ». C’est bien la première fois que ça m’arrive, ça.
Note : 7/10

Rudy Camacho
Ouille. Pas toujours facile pour l’ami Rudy. Grosses difficultés d’apprentissage, processus ralenti par des blessures. N’a pas trouvé le moyen d’exploiter ses qualités balle au pied. Une saison à oublier pour le défenseur français, mais possiblement un élément à surveiller en 2019. S’il revient.
Note : 5/10

Bacary Sagna
Départ relativement lent, mais une fois qu’il a atteint sa vitesse de croisière, on a pu constater toute l’étendue de sa vaste expérience. Le spectacle offert par Sagna lors des derniers matchs de la saison valait amplement le prix d’entrée. Du très haut calibre. Meilleur latéral droit de la ligue? Peut-être bien. S’il soigne un peu l’aspect défensif, on y est.
Note : 7,5/10

Milieux
Nacho Piatti
Nacho, c’est Nacho. Par contre, contrairement aux nachos qui ramollissent et perdent en saveur avec le temps, celui-ci adopte plutôt le comportement du bon vin. On a vu un Nacho amélioré, plus altruiste, plus impliqué défensivement. C’est un tout grand. On l’aime. On a même sa photo sur notre mur ici. Sérieusement. C’est le meilleur joueur de l’histoire du club. Point. Mais parfois, il disparaît et personne ne prend la relève.
Note : 8,5/10

Samuel Piette
Débuts éparpillés, puis bien meilleur après avoir reçu de l’aide de ses équipiers. Mais ce gars est une machine. Un char d’assaut. Hmm. Non. S’il jouait vers l’avant, ok, mais comme il joue beaucoup trop latéralement, la comparaison ne marche pas. C’est un bunker, en fait. Vivement l’ajout de cordes à son arc, pour envoyer des flèches vers l’avant. Vers l’avant, Samuel. Devant. T’es capable. Tu l’as fait. Suffit de répéter. Ce réflexe de jouer toujours vers la touche t’empêche de prendre une autre dimension et de devenir un monstre. Vers l’avant, gars. Allez. Rugis un peu. Récupérer des ballons, c’est ton pain et ton beurre comme tu dis. Les flèches vers l’avant, ce sera ta maison et ta voiture.
Note : 7/10

Saphir Taïder
Difficile saison pour Taïder, qui a été obligé de porter un costume qui n’était pas le sien. Souvent à la dérive dans le tiers offensif, Taïder a su apporter beaucoup à l’équipe dans une position plus reculée. Travail défensif, transition vers l’avant, ça marchait bien. Mais cette tendance à trop coller Piatti en seconde moitié de saison n’a servi à personne, surtout avec l’énorme gouffre présent dans l’axe.
Note : 7/10

Alejandro Silva
Parfois fabuleux, parfois invisible. L’énigmatique Silva a fait rager à son arrivée. Une fois l’adaptation effectuée, il a pris du mieux, mais on s’attend à plus en 2019. Énorme talent, mais doit se rendre plus disponible pour ses coéquipiers. Il a le potentiel de nous faire chanter son nom.
Note : 6,5/10

Ken Krolicki
Surprise de l’année, le jeune américain a amené une belle énergie en milieu de terrain avant de disparaître au profit d’un Azira nettement plus expérimenté. Sa force? Trouver les espaces. Prometteur.
Note : 5,5/10

Micheal Azira
Bel ajout au mercato estival qui a permis de renforcer le bloc défensif bas. Manque toutefois d’explosivité vers l’avant et on l’a trop peu vu s’exprimer balle au pied. Peut faire mieux.
Note : 6/10

Attaquants
Rien à signaler. Vraiment.

L’entraîneur
Évidemment, Rémi doit aussi passer au bulletin. Ce qu’on retiendra principalement, c’est la mise en place d’un solide bloc défensif qui est parvenu à museler certaines des meilleures équipes de la ligue. Mais aussi, on se souviendra de cette inaptitude à galvaniser les troupes lors des moments clés de la saison, qui se sont tous soldés par l’incapacité de marquer le moindre but (finale retour du  championnat canadien, à DC United et à New England). Une chose est sûre, cela fait du bien de voir à l’œuvre un entraîneur avec une vision tactique cohérente et une solide compréhension du jeu. Le moteur est maintenant allumé, il est temps de monter en régime.
Note : 7/10

Et pour conclure, trois constats, en trois lignes, pour résumer la saison 2018 :

1) Ça manquait d’animation offensive, surtout dans l’axe

2) Ça manquait d’instinct de tueur

3) Il faut être plus efficace dans le recrutement

Ce dernier constat est celui qui nous lance directement dans le bain de 2019. Car s’il y a une chose que Rémi Garde a clairement communiqué tout au long de la saison, c’est que le succès d’une équipe ne repose pas uniquement sur son rendement lors des matchs; le travail à l’entraînement est un élément extrêmement important, certes, mais le fait de compter sur les bons joueurs au bon endroit l’est tout autant. La saison 2019 est donc déjà commencée pour l’Impact de Montréal. Et comme le disait Rémi Garde : il ne faudra pas traîner.


Si vous en voulez plus, j’ai eu la chance de participer à l’émission spéciale bilan 2018 de l’Impact de Coup Franc avec Matthias Van Halst (MLSsoccer.com), Christian Schaekels (Vision du Jeu) et Quentin Parisis (Québec Soccer). Beaucoup de plaisir et d’échanges imagés. À écouter ci-dessous!