L’oeil de l’arbitre (saison 2023, ép. 1)

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Une nouvelle saison qui est bien commencée déjà, et je suis ravi de me joindre à Viau Park pour une chronique mensuelle visant à expliquer certaines situations d’arbitrage sur les matchs du CF Montréal. Ceux qui me connaissent sauront que je m’intéresse depuis longtemps à l’arbitrage, et que j’aime décortiquer et expliquer les procédures, lois, et décisions de l’équipe arbitrale. C’est ce que je chercherai à faire ici : à travers les matchs du CF Montréal, expliquer les lois du jeu, comment elles sont raisonnées, et comment les arbitres cherchent à les appliquer.

Évidemment, me basant sur les années passées, je m’attendais à avoir un pigeonnier débordant après quatre matchs. Force est d’admettre, pourtant, que c’est un début de saison tranquille, et que le corps arbitral se tire plutôt bien d’affaire cette saison, au point où après trois matchs et trois quarts je me préparais à parler du ballon qui touche l’arbitre dans le match contre Austin. Mais bon, Chinonso Offor et surtout Kai Wagner se sont assurés de donner du matériel à chronique, et je les en remercie.

Allons-y donc pour le but d’Offor validé, invalidé, et revalidé à la 90e minute du match contre Philadelphie. Tout d’abord, un bref récapitulatif du texte de la loi du jeu 11, sur le hors-jeu :

« Un joueur en position de hors-jeu au moment où le ballon est passé ou touché* par un coéquipier doit être sanctionné uniquement lorsqu’il commence à prendre une part active au jeu :

•           en intervenant dans le jeu, car il joue ou touche le ballon passé ou touché par un coéquipier ; ou

•           en interférant avec un adversaire

[…]

ou

•           en tirant un avantage, car il joue le ballon ou interfère avec un adversaire après que le ballon :

  • a rebondi ou été dévié par un poteau, la barre transversale, un arbitre ou un adversaire ;
  • a fait l’objet d’un sauvetage délibéré par un adversaire. »

Avant même de considérer l’existence de Wagner, donc, il importe de bien situer le moment auquel la ligne de hors-jeu doit être considérée. Ici, l’infraction potentielle d’Offor serait d’avoir « tiré avantage de sa position » sur un ballon ayant rebondi sur la barre transversale. Où est la ligne de hors-jeu, donc? Elle se trouve au moment de la tête de Choinière vers le but, bien avant que le ballon touche la transversale. Rien à voir, donc, avec l’action du gardien (pour autant qu’il ne joue à aucun moment le ballon délibérément), ou avec la position de Wagner au moment de la tête d’Offor – le seul moment qui importe est au moment de la tête de Choinière. On peut critiquer Wagner d’avoir été compter les brins d’herbe sur la ligne de but alors qu’Offor menaçait, certes, mais à ce moment il est déjà trop tard pour se replacer.

Quelques mots sur la procédure de la révision vidéo. À ce point-ci, nous sommes tous familiers avec l’explication de PRO Referees (par exemple ici) : l’arbitre assistant vidéo a utilisé des angles de caméra restreints, qui ne montraient pas Wagner. Lorsqu’il s’est rendu compte de son erreur, il a rappelé l’arbitre pour corriger le tout. On notera que PRO ne mentionne pas de pression du banc montréalais, et qu’il semble que la décision de réviser la décision à nouveau soit venue de la VAR, pas du quatrième officiel ou de l’arbitre (les communications audio diffusées, cela dit, ont été éditées et condensées, alors il est possible que cette partie ait été omise).

Lorsqu’on voit les images complètes consultées par la VAR, cela dit, on constate que ce n’est pas tout à fait exact : Wagner apparaît bien dans le coin inférieur droit des images consultées par la VAR et fournies à l’arbitre et personne ne le remarque. Ceci témoigne d’un des plus grands défis pour un arbitre, soit d’éviter la vision en tunnel. Les arbitres à la VAR, tout comme l’arbitre qui consulte l’écran, se concentrent sur Choinière, Offor, Glesnes et le ballon, au point de ne pas remarquer ce qui se passe autour. La grande difficulté, quand on arbitre, est de se concentrer sur le jeu, tout en conservant un champ de vision large pour voir ce qui se passe en périphérie, remarquant les détails de l’action tout en conservant une vue d’ensemble du déroulement du jeu. Ici, les trois arbitres (l’arbitre, l’arbitre VAR et l’assistant à la VAR) sont absorbés par l’action et en oublient ce qui s’est passé tout juste avant le début du clip vidéo.

Enfin, tout est bien qui finit bien, et on aura vécu quelques péripéties au passage, de quoi se faire des bons souvenirs. S’il y a une chose à retenir de tout ça, c’est que la VAR permet de voir bien des choses qu’on ne verrait pas autrement; cela dit, il faut absolument garder en mémoire ce que la vidéo ne capture pas, ce qui n’est pas inclus, et ce qui est caché par le recours au images vidéo. Derrière les images, il y a un match, tout simplement.