Montréal-Orlando : Trois constats sur le CF Montréal

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Finalement, après avoir tourné au ralenti pendant plusieurs semaines, le CF Montréal est tombé en panne à quelques kilomètres de sa destination. Si certains ont cru jusqu’à la dernière minute que ça tiendrait jusqu’au fil d’arrivée, la fumée qui se dégageait du moteur lors des derniers tours de piste ne laissait pourtant présager rien de bon. C’était à prévoir, surtout contre un adversaire reposé et qui n’avait besoin que d’un point pour se qualifier. Le mur allait se dresser, il faudrait l’abattre. Bref, le pire scénario possible pour le club montréalais si on se fiait à ce qu’on avait pu voir cette saison. Une dixième place et trois constats.

1) Mihailovic n’a pas su hausser son niveau d’un cran
Premier gros test pour le jeune homme auquel Olivier Renard et Wilfried Nancy avaient remis les clés de la maison en début d’année. Un match à gagner absolument, une victoire pour récolter les fruits des efforts déployés toute la saison. Et le meneur de jeu montréalais a fait son petit match, tranquille, parfois bien, parfois moins bien, parfois mal. Jamais on n’a senti le milieu de terrain américain enclencher la deuxième vitesse, jamais on ne l’a senti peser sur le match, alors que la responsabilité de prendre le volant lui revenait en grande partie. Un match comme un autre, voire moins bon que d’habitude, pour Mihailovic, alors qu’il fallait en donner beaucoup plus. Insuffisant, à l’image de son équipe ces derniers temps. Dommage.

2) Ce n’était pas au point du côté de Breza
À la suite du match contre Houston, je vous avais mis en garde concernant l’aura générale de Sebastian Breza. On sentait (*je* sentais, du moins, certains d’entre vous me l’ont bien fait comprendre) le portier montréalais chancelant, mal à l’aise, comme s’il portait une pointure de soulier trop grande qui le gênait dans ses déplacements. Le premier but encaissé face à Orlando est l’illustration claire de mes impressions. Breza est mal positionné, trop loin de sa ligne au moment où Mendez contrôle le ballon qui bondit devant lui. La position du gardien invite le tir. Oui, la frappe est belle, mais un meilleur positionnement du gardien aurait peut-être poussé Mendez à choisir une option de passe ou à tirer en force. L’occasion de battre le gardien mal positionné avec un tir en cloche est là, et Mendez la saisit. Qui plus est, Breza ne s’attend pas à une frappe, et tout le reste s’enchaîne : vue gênée par les nombreux joueurs devant lui, pas parasite à sa droite (alors que la frappe est à sa gauche) au début du déplacement, et puis il est trop tard pour y faire quoi que ce soit, c’est 0-1. Le second but est tout aussi parlant. Un gardien qui sort et reste immobile va se faire contourner par l’attaquant et aller chercher le ballon au fond de son but 95 % du temps. Bref, ce n’était pas au point du côté de Breza. Ça ne veut évidemment pas dire que Pantemis n’aurait pas fait d’erreurs coûteuses, mais ça veut au moins dire que Breza n’est pas l’homme de la situation. Ça veut aussi dire que si Pantemis n’est pas l’homme de l’entraîneur, que ce soit pour des raisons sportives ou politiques, Montréal a alors besoin d’un gardien titulaire. Et non, ce ne sera pas Jonathan Sirois, encore trop vert.

3) Il n’y a pas un moment en particulier qui explique l’élimination
Montréal est éliminé. Ce n’est pas de la faute du VAR, qui ne peut généralement rien faire avec la qualité des reprises vidéo à sa disposition. Ce n’est pas non plus de la faute de Rudy-les-Crampons. Ce n’est pas non plus de la faute de Breza, à la ramasse du point de vue technique sur les deux buts. Pas la faute non plus de Sunusi Ibrahim qui a raté un but tout fait. En fait, il n’y a pas de coupable autre que la qualité générale démontrée ces dernières semaines. On a eu tendance à se limiter à regarder les points au classement et la prochaine affiche, à calculer selon les divers scénarios et à espérer. Et cela nous a fait perdre de vue que sur les neuf derniers matchs de la saison, Montréal a remis la 13e et avant-dernière fiche dans la conférence Est, avec deux victoires, trois matchs nuls et quatre défaites. Seul Cincinnati a fait pire avec aucun point. Quand tu termines la saison de la sorte, c’est assez difficile de prétendre que tu mérites de participer aux séries éliminatoires. C’était insuffisant, comme bien souvent avec Montréal durant l’ère MLS.

Bref, une si longue séquence de sécheresse indique qu’il faudra trouver des renforts pour raviver le jeu montréalais. On ne peut pas dépendre d’un ou deux éléments, il faut des gens qui savent prendre la relève, pas des joueurs qui alignent trois-quatre dribles fantastiques au mois de juillet pour ensuite disparaître jusqu’à la fin de la saison, ni des milieux trop naïfs qui se font envoyer facilement dans le vent match après match. Ça prend du poids, ça prend de l’expérience, ça prend des travailleurs acharnés qui pèseront sur les matchs, tout le temps, que leurs coéquipiers de premier plan y soient ou non. Enfin, ça, c’est si on veut gagner sur une base régulière. Si l’objectif est plutôt de recruter un peu à l’aveuglette des jeunes loups et d’espérer que l’un ou l’autre se développe en leader avant de le vendre à Bologne pour un montant non divulgué, alors cette équipe sera un éternel recommencement et ses réalisations majeures dépendront uniquement d’un alignement favorable des astres qui ferait en sorte que plusieurs jeunes éclosent en même temps.

Allez, il reste une finale à jouer. Après un congé qui fera le plus grand bien.