À quoi faut-il s’attendre du CF Montréal?

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À quoi faut-il s’attendre du CF Montréal? Cette question se pose, surtout depuis que les chroniqueurs de MLSsoccer.com ont violemment sorti les supporters montréalais de leur profond sommeil en plaçant unanimement la troupe de Wilfried Nancy en avant-dernière ou dernière place de la Conférence Est dans leurs prédictions en vue de la saison 2021. Mais peut-on les blâmer? Pas vraiment. L’équipe n’a pas seulement un nouveau look, elle a aussi des allures de nouveau venu, de franchise d’expansion qui arrive pour appendre, s’ajuster, voir et espérer. Un nouvel entraîneur inexpérimenté, une pléthore de nouveaux arrivants qui devront rapidement cocher la case de l’adaptation réussie et un groupe sans réelles bases acquises ni automatismes. La saison sera-t-elle longue? Probablement. Mais elle sera assurément très intéressante à suivre.

Passons en revue les certitudes et les (nombreuses) interrogations, ligne par ligne.

Une saine compétition chez les gardiens
Clément Diop sera-t-il le « numéro un »? Oui. Au début. Le gardien français a gagné sa place en 2020 en remettant une composition ponctuée de solides performances et de prestations honnêtes. Malgré un bref passage à vide vers la fin de la saison, avant un départ en France pour des raisons personnelles, auquel on peut évidemment lier sa méforme du moment, Diop s’est présenté comme l’homme de confiance entre les perches. Mais, ce passage à vide nous a aussi permis de revoir James Pantemis, qui n’avait pas fait forte impression lors de ses apparitions précédentes. Et le Montréalais nous est apparu comme un nouveau gardien : plus fiable, fort dans l’anticipation, solide dans les sorties à un contre un… mais aussi chancelant sur les balles aériennes. Pantemis a de toute évidence une occasion à saisir, et il est évident qu’on le reverra devant la cage cette saison. La compétition s’annonce intéressante, d’autant que Sebastian Breza, fraîchement débarqué de Bologne, voudra certainement se mettre en évidence lors des entraînements.

La défense, un problème à régler
On va se le dire, en 2020, l’Impact était nul pour défendre. Si la faute ne peut être entièrement mise sur les épaules des défenseurs, il faut quand même reconnaître leur part de responsabilités dans ce fiasco. Malgré des performances individuelles intéressantes, notamment celle de Binks, dopée toutefois par un début de saison au-delà des attentes, la cohésion et la constance manquaient souvent à l’appel. L’arrivée de Kiki Struna et, surtout, d’un Kamal Miller en pleine ascension permettra probablement d’ajouter une certaine solidité à la ligne arrière bleu-blanc-noir (ou noir-gris-bleu, je ne sais plus). Sur les flancs, le dynamique joker prédestiné Zorhan Bassong pourrait bien avoir un rôle important à jouer, d’autant que la relève derrière Brault-Guillard est faible et que Kizza n’a pas eu le temps de cimenter sa position sur le flanc gauche.

Des milieux, des milieux, encore des milieux
L’ère De Santis est terminée, mais apparemment, la tendance à recruter beaucoup de milieux de terrain est toujours bien présente. La différence, cette fois, c’est qu’on recrute des joueurs qui semblent cadrer dans le système de jeu existant. Si Sejdic, Maciel et Piette avaient donné un rendement dans l’ensemble moyen l’an dernier, on peut s’attendre cette année à plus de Mihailovic et Hamdi, en possession de balle principalement. Trop souvent en 2020, le ballon ne restait pas dans les pieds des milieux montréalais, un peu par manque de capacités, mais surtout en raison des principes de jeu qui demandaient en toutes circonstances un jeu direct et rapide vers l’avant. Chose certaine, la variété des profils disponibles en milieu de terrain est un atout pour Wilfried Nancy, une véritable boîte à outils dans laquelle puiser des solutions. Jeune, vieux, grand, petit, défensif, offensif, entre les deux, blessé les trois quarts de la saison, on a tout, tout, tout, et pour tous les budgets.

Des crocs à l’attaque
Après 14 siècles d’appels au recrutement d’un attaquant de pointe imposant et bon de la tête, les plaintes des fidèles ont été entendues. Le globe-trotter Bjorn Johnsen, buteur partout où il passe mais ne reste pas, débarque à Montréal. Évidemment, le terrain devra parler, mais l’homme semble posséder le profil manquant pour permettre à Romell Quioto de remiser son masque d’attaquant de pointe et reprendre son costume de héros du flanc gauche. Là encore, le recrutement est lourd. Mason Toye, arrivé en cours de saison l’an dernier, Sunusi Ibrahim et Joaquin Torres, voire Erik Hurtado, auront un rôle à jouer dans les avant-postes, ou personne, hormis Quioto, n’avait réellement convaincu la saison dernière.

Surtout, ne paniquez pas
La préparation des Montréalais a été pour le moins atypique en 2021. Entre joueurs arrivés après d’autres, sélections en équipe nationale et matchs préparatoires pour ainsi dire inexistants, la chose à retenir, c’est que les hommes de Wilfried Nancy ne seront pas prêts pour le début de la saison. Depuis 2012, hormis une incroyable série de 13 matchs préparatoires en avant-goût de la saison inaugurale en MLS, l’équipe montréalaise joue grosso modo cinq matchs contre des adversaires de niveau égal ou légèrement inférieur avant le début de la saison. Cette fois, l’équipe aura joué deux matchs, contre des adversaires de deuxième et troisième division. C’est donc dire que l’équipe aura un retard d’au minimum trois matchs préparatoires pour atteindre le niveau habituellement atteint à l’entame de la saison régulière. Ça s’annonce donc difficile, et encore plus si on ajoute à ça un nouvel entraîneur et une ribambelle de nouveaux venus qui doivent trouver leurs marques… et deux de ses trois premiers adversaires ayant une longueur d’avance, après avoir joué en Ligue des champions (Toronto et Columbus). Il faut s’attendre à énormément de roulement dans l’effectif en avril et mai, et entrevoir une certaine stabilisation de la situation après deux ou trois matchs. Le match du 1er mai contre Columbus devrait donc logiquement marquer la fin du travail préparatoire. Le match suivant, contre Vancouver, devrait fournir des certitudes, tant sur le plan de la tactique que sur l’équipe type.

Le gros point positif : la profondeur de l’effectif
On a souvent parlé de l’importance du banc, notamment quand feu l’Impact n’avait personne de compétent à faire monter en cours de match pour inverser la tendance. Cette saison, le problème semble avoir été réglé. Non seulement Montréal profite d’une belle profondeur, mais a aussi l’embarras du choix pour son onze de départ. Les joueurs qui devraient normalement prendre place sur le banc ont déjà démontré, ici ou ailleurs, qu’ils pourraient très bien se retrouver sur le terrain au coup d’envoi. Torres, Sejdic, Maciel, Hamdi, Lappalainen, Bassong, Camacho, Pantemis. Et ce ne sont là que des suppositions. Rien n’indique que certains d’entre eux ne seront pas sur le terrain pour amorcer le premier match de la saison.

S’il ne faut pas paniquer, il ne faut pas non plus s’emballer. La saison, sauf situation extraordinaire, sera compliquée. N’oublions pas que les sept premières équipes de la Conférence Est se qualifient pour les séries. À l’heure actuelle, on peut difficile prétendre qu’il n’y a pas dans l’Est sept équipes dans une meilleure situation sportive que Montréal. Si l’on élimine déjà Columbus et Philadelphie, sur leur élan, Orlando et New England, plus avancés dans leur projet de reconstruction, Toronto et Atlanta, en transition mais toujours très forts, c’est déjà mal parti. Et on n’a même pas mentionné les deux clubs de New York, Nashville qui bâtit sur de solides bases établies en 2020 et même Cincinnati, auteur d’un solide mercato. Et pas besoin de rappeler les difficultés supplémentaires vécues par les équipes canadiennes en raison de la pandémie. Bref, il ne reste à Montréal qu’à faire une chose : se pointer là où personne ne l’attend. Et ça, si vous me lisez régulièrement, vous savez que c’est une spécialité montréalaise. Une participation aux séries éliminatoires serait une fantastique réussite.