Bilan IMFC : Viau Park répond à vos questions

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La saison en est déjà presque à sa fin et si les bilans de saison commencent déjà à faire leur apparition ça et là, nous avons décidé d’opter pour une autre formule cette année. Cette fois, Viau Park fait le point sur la saison de l’Impact en répondant aux interrogations de ses abonnés Twitter. Une saison… plein de questions.

Avec la venue de Wanyama, Piette est devenu un joueur plus complet. Avec un départ de Wanyama, est-ce que l’on redonne la position de 6 à Sam, ou on le laisse dans un rôle de numéro 8? (@jfcuillerier)
Si son épisode de test positif à la COVID et d’avion raté amène son lot de questions, rien n’indique toutefois que Wanyama ne sera pas à Montréal en 2021. Si toutefois il venait à quitter le navire, Samuel Piette doit absolument retourner en 6. L’essai en 8 était intéressant, mais peu concluant sur le plan offensif.

Diop a-t-il assez « performé » pour assurer son retour? (@jf_senechal)
Sans aucun doute. Il possède sa green card, il ne coûte pas une tonne d’argent. Olivier Renard a d’ailleurs indiqué son intention de négocier avec son clan un nouveau contrat.

Y a-t-il une place dans le schéma tactique pour un milieu offensif central? (@SocratesMTL)
Dans le schéma actuellement préféré par Thierry Henry, le 3-5-2, on retrouve une ligne de trois milieux axiaux devant la défense. Le milieu à la gauche de Wanyama (nommément Sejdic ou Maciel) est tenu de jouer plus bas sur le terrain, pour laisser la place devant à Bojan plus à l’aise du côté gauche (ce qui ne marchait pas lorsque Taïder était présent puisque les deux se marchaient sur les pieds), tandis que l’homme à sa droite (Piette) est appelé à se projeter vers l’avant. On peut donc imaginer que le remplacement de Piette par un élément plus habile offensivement, nommément un box-to-box, pourrait être bien utile à la troupe de Thierry Henry. Mais ça, c’est si Bojan revient. Dans le cas contraire, rien n’empêche d’inverser les « pistons », en maintenant Piette plus bas, dans un rôle qui lui convient mieux, tandis que Maciel, Sejdic ou un nouvel élément, idéalement fort balle au pied, pourrait se porter vers l’avant. Autrement, si l’on accepte de vivre avec deux hommes seulement devant la défense, un milieu offensif dans le plus strict sens du terme pourrait intégrer le système, dans la pointe offensive d’un triangle axial. Maintenant, une question se pose : jouait-on à trois devant la défense parce qu’on n’avait justement pas ce profil de milieu offensif permettant d’opter pour un positionnement en triangle? C’est une possibilité.

Ramenez-vous Orji Okwonkwo en 2021? Pourrait-il être efficace dans un genre de rôle supersub à la Divock Origi? (@tardifju)
Okwonkwo a bien commencé la saison, notamment dans un rôle de remplaçant, puis on ne l’a simplement plus vu, même lorsqu’il était sur le terrain. S’il a été nommé joueur le plus utile de la saison 2019, il ne faut pas perdre de vue que la dernière saison de Rémi Garde était offensivement bien pauvre. Au terme de celle-ci, il avait par ailleurs laissé planer un doute quant à son intérêt à jouer en MLS. Malheureusement, la saison 2020 n’a aucunement dissipé ce doute. Pour moi, l’aventure a assez duré.

Est-ce que Pantemis a offert un échantillon assez grand pour considérer lui donner le filet l’année prochaine? Ou IMFC devrait signer Diop pour donner encore plus de temps à James? (@jfcuillerier et @Para1642mtl)
La saison 2021 devrait idéalement en être une de compétition entre les gardiens. Pantemis a démontré de bien belles choses dans les quelques matchs qu’on lui a confiés, mais Diop fut loin d’être mauvais, malgré un petit passage à vide avant son retour soudain en France. Or, Pantemis a été solide, fiable, rassurant et confiant. À lui maintenant de gagner la place devant le filet.

Pour vous, en ordre de priorité, à quels postes l’Impact devra-t-il recruter lors du prochain mercato? Et quels types de joueurs? (@A1exi_)
Tout dépend de comment on veut jouer en 2021. Mais si on suppose que Thierry Henry adoptera un 3-5-2, les yeux se tournent évidemment vers le milieu de terrain, où Sejdic et Maciel, malgré quelques beaux flashs, n’ont pas convaincu outre mesure qu’ils avaient le volume de jeu et la présence physique nécessaires pour devenir des titulaires incontestés en 2021. Aussi, bien que Samuel Piette ait démontré une belle progression, dans un rôle qui ne lui convenait pas, ça reste timide de son côté sur le plan offensif. Donc, deux recrutements potentiels au milieu, dont en premier lieu un élément offensif créatif, bon marqueur, si possible. Ensuite, la défense centrale a démontré sa fragilité et il est devenu apparent que l’ajout d’au moins un défenseur central de bon calibre, bon de la tête, solide en relance, mais surtout complémentaire avec ceux qui devraient normalement jouer à ses côtés, est une priorité.

Si les restrictions sur les foules se maintiennent pour une bonne partie de la saison prochaine, recruterons-nous de la façon que Renard voudrait faire vis-à-vis les finances? Et de deux, l’incertitude du COVID fera quoi pour influencer/limiter notre recrutement à l’étranger? (@KevinDuska)
Olivier Renard est le premier à dire que la situation est difficile, mais il est aussi le premier à dire qu’il aborde son recrutement « comme d’habitude ». Et si on y réfléchit un peu, les problèmes liés à la pandémie, hormis les restrictions sur les déplacements, ne devraient normalement pas avoir d’importantes conséquences sur l’aspect financier du mercato de l’Impact. Pourquoi? Parce que la mission était déjà de recruter à (relativement) bon marché, en espérant faire un profit à la revente. Mieux encore, si la situation économique actuelle ralentit le mercato des clubs mieux nantis, notamment en Europe, cela peut ouvrir certaines portes à Olivier Renard. Si les clubs européens sont moins acheteurs, forcément, le marché ralentira, les prix baisseront et le choix s’élargira. Et ici, on ne pense évidemment pas aux Barcelone et Manchester City de ce monde, mais plutôt aux clubs financièrement moyens, comme les clubs de milieu ou de bas de tableau en France, en Belgique ou en Suisse. Pour certains joueurs, la MLS pourrait devenir une belle vitrine « en attendant » le retour à la normale. Or, la situation de l’absence de domicile fixe de l’Impact pourrait effectivement freiner certains recrutements potentiels, mais on devine que le club est en négociation active avec les autorités pour éviter de revivre le cauchemar de 2020.

Ballou. On le garde à Montréal ou on le prête ailleurs? (@DanyBouchard19)
Le cas Ballou est complexe. Pour quiconque n’est pas dans le vestiaire ou sur le terrain d’entraînement de l’Impact, la situation réelle est difficile à juger. On n’en a pas vu assez. On sait que Henry n’était pas satisfait, mais c’est à peu près tout. Or, Ballou vit à Montréal avec cette étiquette de prodige lourde à porter, mais dont l’encre commence à pâlir. Se refaire les jambes loin de Montréal pourrait lui être bénéfique, mais un prêt est-il réellement une solution? À mon humble avis, une cassure nette serait souhaitable pour le joueur, car à Montréal, on s’attend à trop, trop vite, de l’enfant prodige.

Quel est le point faible/secteur où l’Impact s’est le plus amélioré pendant la saison? Qu’est-ce qu’Henry a amené à l’équipe première? Qui est le joueur/personnalité du club qui aurait mérité plus de louanges? (@FrancisCasimiro)
Un point faible plutôt évident sous les ordres de Rémi Garde était la lenteur dans la prise de décision quand il fallait jouer vers l’avant. Certains joueurs, de leur propre aveu, préféraient « garder la possession » plutôt que de prendre un risque en jouant verticalement. Un an plus tard, le tableau a radicalement changé, et si on n’est jamais à l’abri d’une spectaculaire déconfiture du bleu-blanc-noir, il faut bien admettre que regarder un match de l’Impact est bien plus agréable aujourd’hui qu’il y a un an. Et c’est là l’apport le plus évident de Thierry Henry : la mentalité offensive, le jeu vertical, la passe vers l’avant comme premier réflexe et, ultimement, le spectacle. Là où on savait que l’Impact ne marquerait pas sous les ordres de Rémi Garde, on sait que l’Impact de Thierry Henry peut y arriver. Et encaisser aussi, probablement.

Quant au membre du club qui aurait mérité plus de louanges… cœurs sensibles, cessez votre lecture ici… je dirais Rudy Camacho. Sa ridicule saute d’humeur à Vancouver et ses erreurs répétées ont été avec raison soulignées de trois traits rouges, mais elles ont aussi occulté son excellente fin de saison. Alors que les autres autour de lui connaissaient de gros ratés, Camacho a tenu les rênes de la défense tout seul dans le dernier mois de la saison.

Dans quel système l’Impact a paru le mieux? Sur quel système l’Impact doit-il baser son jeu en 2021? (@MachiBousouk)
Éjectons tout de suite les idées de défense à 5 et de défense à 4. L’Impact adopte la majorité du temps une défense à 3, avec deux latéraux, parfois un seul. Si on analyse la saison, on peut voir cette tendance se dégager clairement et prendre tantôt la forme du 3-5-2, tantôt celle du 3-4-3. Dans laquelle l’Impact a-t-il mieux paru? Il y a trop d’éléments qu’on ne connaît pas pour pouvoir oser avancer une réponse. Par exemple, les joueurs qui jouaient blessés, ce qu’on ne savait pas, comme Maciel lors du dernier match. Ce qu’il faut regarder, c’est la progression des principes de jeu, qui devraient normalement demeurer les mêmes d’un schéma à l’autre. Et à ce chapitre, l’Impact a connu un déclic pendant la phase toute canadienne du championnat. On a senti alors que l’équipe avait compris certaines choses et parvenait à traduire dans le jeu les principes appris à l’entraînement. On a pu voir quelques belles prestations abouties (pensons notamment à ce premier quart d’heure devant Philadelphie avant l’expulsion de Quioto) qui nous ont fait nous dire que l’Impact avait une belle petite équipe et savait jouer au foot. Or, une chaîne n’est aussi forte que le plus faible de ses maillons, et les limites de l’effectif ont parfois (souvent?) miné les efforts sur le terrain. Chose certaine, l’Impact possède une meilleure équipe que ne le reflète sa fiche, et on devine que l’effectif sera nettement plus adapté au système en 2021.

Vos impressions sur la filière Bologne vu les développements cette année (Taïder qui part après un bilan mixte, Binks qui arrive et repart à retardement, Lappalainen et Okwonkwo, Pantemis qui s’est entraîné en stage là-bas…)? Est-ce que l’Impact recrute assez en MLS/Amérique du Nord? (@EmilArchambault)
Cette histoire de synergie entre Bologne et Montréal ne mérite pas toute l’énergie qu’on déploie pour en parler. Au final, Bologne est un partenaire, une source de potentiels recrutements comme le serait un agent ou un contact dans un territoire particulier. Il est peu probable qu’Olivier Renard soit en réunion avec l’état-major bolonais chaque matin pour détailler sa stratégie de recrutement. Bologne est un club frère et jouera son rôle de club frère, sans toutefois être un élément déterminant dans le recrutement de l’Impact.

En ce qui concerne le recrutement en MLS et en Amérique du Nord, depuis son arrivée, Olivier Renard a recruté une fois en Première ligue canadienne (Waterman) et deux fois en MLS (Quioto et Toye). Il a aussi transigé avec Nashville et Vancouver, portant à quatre les échanges de joueurs effectués avec des équipes de MLS (Houston et Minnesota étant les autres) en plus d’avoir négocié le prêt de James Pantemis avec le Valour FC en PLC. C’est une bonne feuille de route « nord-américaine » pour le moment et il ne faudrait pas se surprendre de voir Renard piger dans d’autres clubs de MLS sous peu, maintenant qu’il a fait un tour de manège dans le championnat.

Comment expliquer que l’Impact a fini comme pire défense de l’Est avec 43 buts accordés? (@aminesabri514)
Si j’avais la réponse à cette question, je ne serais probablement assis devant mon ordinateur à gérer bénévolement un blogue indépendant. Or, les problèmes défensifs de l’Impact peuvent forcément être en partie attribuables à un énorme changement de mentalité. Sous Rémi Garde, l’équipe adoptait un style prudent, voire conservateur, dans lequel la conservation de la possession semblait être le principal objectif à atteindre. Désormais, l’Impact adopte un style bien plus vertical qui, s’il a la vertu d’assurer un meilleur spectacle, crée aussi son lot de problèmes défensifs. Ajoutons à cela les lacunes en milieu de terrain et un effectif pas tout à fait adapté, et on a la recette parfaite pour aller chercher le ballon au fond du filet plus souvent qu’on ne l’espérerait.

Je vois une progression dans le groupe, sur le terrain et dans les bureaux! Êtes-vous d’accord pour dire que l’avenir s’annonce meilleur? (@aubinfrancois68)
Pendant de nombreuses années, on a réclamé plus de transparence, mais aussi, et surtout, plus de compétence dans les postes décisionnels du club, principalement dans le volet sportif. Il en aura fallu du temps, mais de toute évidence, nous y sommes enfin. La structure nébuleuse dans laquelle personne n’était vraiment responsable de quoi que ce soit a disparu, et avec elle les recrutements approximatifs à des postes où il n’y avait pas de besoins, pour ne pas dire à des postes qui n’existaient pas dans le schéma adopté par l’entraîneur. Désormais, tout est limpide, les choix sont logiques, les explications sont claires et les résultats sont encourageants. Profitons du moment, car on n’est jamais à l’abri d’une décision intempestive du patron.

Après sa première année complète comme coach, quels sont les axes de progression de Thierry Henry? (@PogbaSaphir)
La communication. Et ici, beaucoup vont penser aux tensions palpables entre les membres de médias et l’entraîneur de l’Impact. C’est une chose. On espère que d’un côté comme de l’autre, on y mette du sien, d’un bord en travaillant plus les questions (ou, pour certains, en évitant de poser une question déjà posée), de l’autre en étant moins prompt à l’énervement. Mais ce n’est pas tout. Cette saison, on a pu voir une vidéo de Thierry Henry tournée sur la touche lors d’un match, où on entendait ce qu’il criait à ses joueurs. Bon, on n’a pas l’ensemble de la vidéo, quelqu’un a évidemment fait un montage des « meilleurs moments », mais si ceux-ci sont à l’image du reste, on espère voir en 2021 moins de critiques sur le jeu individuel et plus de directives sur le jeu collectif. Il y a du temps à l’entraînement pour tenter d’améliorer les lacunes individuelles. En match, il faut diriger son collectif, bouger son bloc, déplacer ses pions et piloter ses troupes. Oui, on peut s’adresser à certains joueurs pour rectifier certaines choses, mais pas de là à critiquer chaque passe ratée, la rapidité d’exécution et je ne sais quoi qui relève du talent individuel. C’est l’Impact de Montréal, ici Thierry, pas Arsenal. Ça réagit un tantinet moins vite.

Voilà ce qui termine ce tout premier bilan-questions. Nous avons tenté de répondre à toutes les questions posées, mais nous avons dû en écarter quelques-unes pour éviter de faire trop long et ne pas nous répéter. Nous espérons que l’exercice vous a plu et nous vous rappelons que, non, la saison n’est pas terminée; il reste encore la Ligue des champions! Profitons-en!