Gabriel Gervais, des deux côtés de La Rivalité

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Gabriel Gervais s’est distingué sur le terrain dans l’uniforme de l’Impact, d’où sa nomination au Mur de la renommée du club, plus tôt cette année. Mais il s’est aussi distingué par le parcours particulier qui l’a mené jusqu’au club montréalais.

Contrairement à la majorité des joueurs québécois, qui ont vécu leur baptême de feu dans les rangs professionnels avec l’Impact, Gervais a fait ses premières armes au sud de la frontière, avec l’ennemi juré de surcroît : les Rhinos de Rochester.

Des Rhinos si féroces à l’époque qu’ils avaient deux surnoms pour le prix d’un : les ‘Raging Rhinos’.

Des Rhinos qui allaient définir sa carrière, autant comme porte-couleurs de cette équipe qu’en tant qu’adversaire au sein de la ligne arrière montréalaise.

Notamment, au moment de son arrivée à l’Impact, en 2002. Gervais arrivait alors avec le statut d’un joueur aguerri même s’il n’avait que deux saisons à son actif.

« C’était très spécial, parce qu’après avoir été ‘le jeune’ à Rochester, je suis arrivé à l’Impact et je me sentais comme un joueur d’expérience, a raconté Gervais lors d’un entretien avec Rétrosoccer. En 2002, l’équipe avait été complètement rebâtie par Saputo (l’ayant reprise des mains d’Ionian, qui avait laissé le club faire faillite) comme une entité à but non-lucratif, avec un budget modeste. L’équipe n’avait pas beaucoup de profondeur, donc les jeunes (québécois) devaient jouer, comme Jason Di Tullio, Adam Braz, David Fronimadis, Patrick Leduc…

« J’ai donc trouvé ça spécial d’être tout à coup un vétéran, a souligné Gervais. Il y avait des joueurs comme Nick (De Santis), Mauro (Biello) et Nevio (Pizzolitto), mais j’avais quand même un rôle à jouer. »

Le vécu que Gervais avait accumulé avec les Rhinos n’était pas à dédaigner. Pas tant sur le plan qualitatif, parce qu’il a fait ses classes à titre de recrue en 2000, disputant alors un seul match, pour ensuite être limité à 14 rencontres en 2001 en raison d’une blessure; mais qualitativement, oui, clairement.

Parce que l’équipe a remporté le championnat à ses deux saisons là-bas, après avoir remporté la US Open Cup en 1999, l’année où Mauro Biello a joué pour les Rhinos et les a menés vers le titre dans cette compétition à laquelle participaient aussi les équipes de la MLS.

Bref, pendant que l’Impact repartait à neuf, Rochester était la concession la plus ‘hot’ aux États-Unis.

« Quand j’étais là, on parlait beaucoup de la possibilité que Rochester aille dans la MLS, a rappelé Gervais. Ils avaient bâti un nouveau stade et il y avait une grande effervescence autour des Rhinos. J’y ai côtoyé d’excellents joueurs, comme Martin Nash, qui venait de remporter la Gold Cup avec le Canada. Il y avait aussi Onandi Lowe, qui avait joué en Coupe du monde (en 1998 avec la Jamaïque), Eddy Sebrango…

« J’ai appris ce que ça prenait pour avoir une équipe gagnante. Rochester était une équipe extrêmement intimidante. »

Les Rhinos ont repêché Gervais après l’avoir vu évoluer dans leur cour à l’Université de Syracuse.

« Le défi, à mes débuts, c’est le nombre de joueurs internationaux. Comme ils avaient déjà des joueurs de haut calibre dans cette catégorie, et qu’ils avaient le droit d’en avoir cinq seulement en uniforme, c’était un défi de mériter un poste, a noté Gervais. J’ai pu faire ma place la deuxième année, mais je me suis déchiré des ligaments dans une cheville. Reste que ç’a été une très belle expérience. »

Malgré les liens qu’il avait tissé avec les joueurs des Rhinos, Gervais les a détestés autant, sinon plus que ses coéquipiers de l’Impact lorsqu’il s’est retrouvé à Montréal. La rivalité Montréal-Rochester était au moins aussi grande que l’est celle entre l’Impact et le Toronto FC de nos jours. Car du côté des Rhinos, il y avait de nombreux joueurs qui avaient le don… de souffler sur les braises de l’intolérance, disons.

«Il y avait Scott Schweitzer, Lenin Steenkamp, Mali Watson, Bill Sedgewick, juste pour en nommer quelques-uns. C’étaient nos ennemis jurés, a souligné Gervais. Je voulais bien faire contre mon ancienne équipe. Et c’est clair qu’en perdant en séries en 2002 et 2003 contre Rochester, ça n’a pas été facile à digérer disons. »

Et c’est lorsque l’Impact a enfin réussi à vaincre Rochester, au premier tour des séries de 2004, que le onze montréalais a enfin pu aller jusqu’au bout. Montréal avait alors eu le dessus 2-0 au total des buts pour ensuite disposer des Salty Dogs de Syracuse 3-1 au total des buts en finale d’association, puis des Sounders de Seattle 2-0 lors du match de championnat.

« Parmi les images de ma carrière qui me reviennent souvent, ce sont celles des matchs à Rochester, a-t-il dit. Je me rappelle des moments où on sortait du tunnel (menant au terrain), du sentiment que l’équipe était prête… »

Son plus beau souvenir demeure toutefois le championnat remporté en 2004.

« (Le championnat de 2004) a vraiment changé la mentalité de l’équipe, ç’a montré qu’on pouvait gagner à Montréal. C’est là qu’on a bâti notre confiance pour les années à venir. Après 2004, on était la meilleure équipe de la ligue. Même si on n’a pas gagné des championnats des séries par la suite, on était vraiment l’équipe à battre, et ç’a apporté cette confiance à notre club », a avancé Gervais, qui a aidé l’Impact à rafler le titre de la saison régulière en 2005 et 2006. « Ç’a aussi été le point culminant de la reconstruction de l’organisation, trois ans après avoir fait faillite. »

Signal plus fort encore, c’est à peu près à cette époque que les points d’interrogation au sujet de la survie à long terme du club ont cessé.

Et victoire ultime dans le cadre de La Rivalité, c’est l’Impact qui a dans les faits rejoint la MLS, et non les Rhinos.